18:14

Hôtel luxueux, vigiles et tour en car

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Je passe mes vacances dans un hotel-club méditeranéen, assez luxueux, il doit y avoir 5 étoiles accrochées au portillon. Je me prélasse au bord de la piscine, allant parfois de ma suite à la plage. L'inconvénient de cet hôtel c'est qu'à cause de ses innombrables étoiles, il est hyper protégé. Du coup, des portillons à tous les couloirs valident le passage des hôtes, munis de cartes magnetiques. Quelques vigiles qui donnent dans le genre molosse en costard harpentent l'établissement, oreillette et lunettes noires greffés au crâne.

Les jours passent et je m'en accomode, tandis que je sympathise avec une jeune femme, en vacances dans le même hôtel. Si j'ai bien compris son histoire, elle a la garde d'un jeune enfant mais vit seule. Nous nous croisons de temps en temps, dînons parfois à la même table mais sans plus. Et puis un jour, alors que je viens de passer le portillon qui mèe à la piscine, je la vois qui s'y rend également. Elle s'avance vers le portique, le petit garçon dans les bras, et tente de faire passer sa carte. Depuis quelques jours, en effet, j'ai remarqué que son pass magnetique ne fonctionne plus très bien, et plus d'une fois j'ai dû la faire passer avec moi. Cette fois-ci, j'attrape ses affaires et elle décide de passer sous les barres métalliques. Un vigile qui nous observait au loin s'approche alors d'un pas décidé. Le petit écriteau à côté du portique indique ceci : "Toute infraction conduit à l'exclusion de l'établissement". Non, ça ne peut pas se passer comme ça. Je lance au grand baraqué : "Hey, elle a son badge !". Mais il m'ignore superbement. "Hey, je vous parle ! Elle a son pass ! Elle est client ici ! Hey ! Vous pouvez pas la virer !". Mais il atteint bientôt la jeune femme, passant à dix centimètres de moi, toujours comme si je n'existais pas. La colère qui était montée en moi progressivement éclate alors subitement ; en un instant je serrer mon poing et je lui colle un pain dans la machoire inferieure, qui rend le mastard complètement K-O. Absolument surpris de ce que je viens de faire, je n'entends pas tout de suite les bruits de pas dans le couloir : un groupe de vigiles armés de fusils à pompe débarque dans le couloir et nous met en joue. Ni une ni deux j'attrappe la jeune femme, le gamin, et le fusil du gars à terre et l'on s'enfuit dans un immeuble connexe. Une sorte de vieil immeuble miteux, tout en hauteur, où chaque étage n'est composé que de deux pièces. Arrivé au sixième, je tire deux coups en direction des étages inférieur à travers la cage d'escaliers. Une vigile asiatique au regard noir tente de riposter, sans succès. Nous ne pouvons pas continuer à monter ainsi, si l'on monte sur le toit ils nous aurons avec un hélico. Que faire alors ? A l'étage suivant, une ouverture dans un mur pourri nous permet de passer à l'immeuble d'à côté, sensiblement identique. On redescend les étages quatre à quatre, jusqu'au premier. Par la fenetre, je vois un autocar en stationnement le long de l'immeuble. En un saut nous sommes sur son toit, et en quelques instants dans la cabine. Le temps de virer le chauffeur assoupi et de faire un demi tour en trombe (et au frein à main), et nous dégerpissons dans vers l'exterieur de la ville. Pendant la manoeuvre, j'ai salement amoché une voiture de flics qui s'était arrêtée au carrefour, et je décidai de griller le feu sans scrupules. Plus loin, je ralentis l'allure pour intégrer une circulation plus fluide, sans attirer l'attention. Après une dizaine de minutes, nous rejoignons une route nationale qui s'enfonce dans la campagne, passant par de petits bois, loin de cet hôtel absurde et de ses vigiles flingueurs.

10:43

Téléfilm, marginal et bout de la ville

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J'habite avec ma copine un appartement dans une grande ville sombre mais propre. Classieux. Il est 19h, et j'ai rendez-vous avec un ami dans un restau-bar, quelques rues plus loin, pour discuter de la refonte du design d'un vieux site dont nous sommes parmi les plus anciens membres. "Je sors", dis-je simplement sur le palier, avant de m'enfuir dans la pénombre des rues désertes. Pas un papier par-terre, pas une poubelle qui déborde, pas un chat non plus.

J'arrive dans ce restau qui fait l'angle, seul point de lumière du quartier. On y diffuse un téléfilm, le même que j'avais en bruit de fond avant de sortir. Je le suis d'un oeil, en attendant mon rendez-vous qui n'arrivera jamais.

Au bout d'une demi heure et d'un demi, m'appercevant que je n'ai ni portable ni monnaie pour téléphoner, je me traite d'andouille et m'inquiète pour celle qui commence à se demander où je suis parti. Je décide alors de rentrer, quand sur le chemin je croise un homme un poil émeché. Pas un clochard, juste un marginal au sourire sympathique qui ne demande rien. Il m'accompagne un bout de chemin, dans la nuit s'installant, parlant d'abord tout seul, puis discutant avec moi. Il est en fait un voyageur, qui va de pays en pays, et assure n'avoir jamais visité de ville comme celle-ci, où il fait froid et noir. Je lui prête ma veste tandis que nous marchons, toujours tout droit. Je me suis perdu. Impossible de reconnaître l'endroit. Voyant mon désarroi, il se montre un peu désolé. Puis nous voyons une lumière briller au loin. Nous marchons longtemps dans sa direction jusqu'à découvrir le bout de la ville et son phare. Une large jetée, parsemée de morceaux de béton et d'étendues de boue. Quelques rocades passent au-dessus de ces plages de terrain vagues. Je suis déjà venu ici, oui, je m'en rappelle à présent. Mais en voiture, et le chemin était particulièrement long ! Aurais-je marché si longtemps ? Et comment rentrer chez soi à pieds, je ne vais quand meme pas longer l'autoroute qui traverse en hauteur cette ville sans fin ?

Tandis que nous allons nous asseoir au pied du phare, j'observe un entrepreneur immobilier, clinquant et dodu, vendre les mérites de ce terrain pourri à un jeune couple désireux de s'installer. La crise du logement n'épargne personne. Le ventreux commercial annonce des superbes villas surplombant une plage de sable fin. Difficile à imaginer en l'état, tout n'est que bitume, terre sale et fils de fer rouillés. Et puis la rocade passe juste au-dessus.

Mon compagnon de route suggère d'"emprunter" la voiture du gros homme. Bonne idée, après tout. Et nous voilà filer sur la rocade, nous faisant avaler par la ville sombre que j'étais empressé de regagner.

22:02

L'Empereur, les généraux et le gâteau à la crème

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Le XIXe siècle comporte de nombreux avantages, comme celui de pouvoir prendre un café en terrasse même en étant en service. Dans mon beau costume rouge flamboyant de général de l'armée, cintré, reluisant, avec ses épaulettes typiques de l'époque, je sirote un café plutôt bon en compagnie de deux vieux amis et généraux eux aussi. L'établissement ne paye pas de mine, nos chaises de métal peintes en blanc non plus, mais leur café est bon. Pour le reste - ils font également pâtisserie - on repassera.

Nous sortions repus d'un déjeuner, et cette terrasse à quelques mètres de la caserne nous tendait les bras. Tandis que nous discutions de campagnes et de plan d'opération, le bruit lointain d'une troupe de cavaliers se fit de plus en plus présent. Ce n'était pas une simple troupe, mais le cortège militaire de l'Empereur. Nous pensions qu'il ne passerait que devant nous quand il s'arrêta net à notre hauteur. L'Empereur descendit de son cheval, dans sa veste bleu sombre, enleva ses gants et rentra dans le troquet-boulangerie. En un éclair nous nous êtions levés, au garde à vous, impeccables. Première fois que je le voyais en vrai. Il venait d'accéder au pouvoir. Et de plus près il ressemblait fort à l'image que je m'étais faite : petit, l'air crétin satisfait et suffisant, que l'on a posé à la tête d'un Etat pour le manier tel un pantin.

Une fois qu'il est rentré dans l'établissement, je m'approche de son premier officier. Un général lui aussi, mais pas de la même armée.
- Vous savez, la nourriture est immonde ici. Seul leur café est acceptable, lui dis-je.
- Laissez donc l'Empereur faire ses commissions où bon lui semble. Il avait faim, nous nous sommes arrêtés.
- Oui mais tout de même. Il risque de le regretter.
A ce moment le petit brun habillé de bleu ressort avec un gâteau à la crème dans une main, l'emballage en papier dans l'autre. Il commence à se goinfrer tandis que deux rangées impeccables, de bleu et de rouge, lui ouvrent le passage. Le général bleuté me lance un regard de satisfaction, constatant que notre savoir vivre et notre respect du protocole sont bien calibrés. L'Empereur fait une petite moue en engloutissant sa pâtisserie, puis la termine en se léchant les doigts. Il remonte sur son canasson, lâche un "En route" et ses sbires abandonnent leur allure guindée pour gagner leurs montures. Et la troupe s'enfuit, au galop.

Nous nous rasseyons sur nos chaises de métal, finissant notre café. Un sombre crétin, en attendant le prochain.

23:25

Indiana Jones fait du marketing vidéoludique

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Nous sommes dans la cour intérieure d'un ensemble d'immeubles, assez vaste pour accueillir un parking. Je suis Indiana Jones. M'accompagne une charmante créature, brune, pulpeuse, délicieuse. On sort d'un monospace américain noir, et je regarde les échelles de secours.

- Il va falloir passer par là.

En effet, de l'autre côté du grillage, entre deux immeubles, se trouve mon chapeau. Le chapeau d'Indiana Jones, quoi ! J'escalade donc les échelles incendie pour les redescendre de l'autre côté. Une fois le chapeau sur la tête, je vois qu'un garde rôde autour de la voiture. Cachée derrière des voitures stationnées, ma coéquipière ne bronche pas. Je fais le chemin en sens inverse, avalant les marches quatre à quatre. Quand je ratteris du bon côté, je m'approche doucement de l'homme en costume gris pour lui assener un crochet dont je suis passé maître. Au tapis, il ne réagit guerre au coup de grâce porté par ma camarade d'aventures. Une poubelle en métal sur le crâne, ça ne pardonne pas.

- Mince, lâche-t-elle quand je constate le résultat.
- Si on le laisse là il sera découvert. On le met à l'avant et on s'en va.

Le temps de charger le cadavre et la chaleur aidant, la décomposition a débuté son processus. Le voilà qui empeste comme pas deux, me contraignant à ouvrir les fenêtres du monospace. Je prends le volant, ma cogneuse monte à l'arrière, et nous roulons au pas vers la sortie. La barrière est tenue par les mêmes gars que notre macchabée. Mince. L'un d'eux me fait signe de stopper. Comme ma fenêtre est tout juste ouverte et que le verre est fumé, il ne voit pas que son collègue disparu se trouve dans la voiture. Je ralentis et fais mine de m'arrêter... quand j'écrase l'accélérateur, renverse quelques gardes et défonce la barrière de bois. Un coup de volant sur la droite sous une pluie de balles et nous voilà plongé en plein périph.

Mieux que dans n'importe quel film, cette course-poursuite est d'anthologie. Je maltraite la pédale d'accélération tandis que tout les 100 mètres je pile pour éviter une voiture voire un camion. Ce périph qui en réalité suit la côte - nous sommes sur une île paradisiaque - serpente à 30 m de haut, entre les immeubles de verre dans lequel le bleu de l'océan se reflète allègrement. Je fonce, je pile, je braque, je passe ras les rétros, j'utilise le frein à main pour déraper et gagner du terrain, poursuivi par une horde de voitures de flics. On sort de la ville et j'emprunte une bretelle qui monte dans les collines surplombant les falaises. Toujours à fond, même s'il semblerait que nos poursuivants aient cessé de l'être. On s'arrête au bout d'un chemin en terre, face à l'océan. Vite, car ce corps pue vraiment, les mouches le bouffent et pondent leurs oeufs. La jeune femme me suggère ce que je pensais déjà : lâcher la bagnole dans la flotte et continuer la route à pieds. Vu la hauteur... Quand soudain, un hélico noir surgit. Pas de panique, c'est l'hélico de la boîte. Avec un mégaphone, un type me crie qu'il faut impérativement que je retourne au boulot : on est en plein rush. L'hélico se pose un peu plus loin, on grimpe dedans, abandonnant la voiture en plein soleil, pour le plus grand plaisir des mouches.

Retour au boulot. J'ai troqué le chapeau et le fouet pour une chemise blanche et des chaussures de cuir. Je suis responsable marketing dans un studio de jeu vidéo, chef de produit des jeux PSP. On livre dans quelques jours la version finale et plein de choses restent à faire. On me pose des questions, des directives à suivre, des orientations à prendre. Mon stagiaire m'a fait une proposition de texte pour un document qui ne me plait qu'à moitié, je griffonne les phrases à changer et demande à une secrétaire de retaper ça illico, afin que ça parte dans les 5 mn. Mon stagiaire me fait la gueule, du coup. Tant pis, j'aime pas la sienne. D'ailleurs on est vendredi soir, il se barre. Je retrousse mes manches et continue de pondre des textes pour le packaging, le chef de projet vient me voir et on s'accorde sur les bonus cachés qui seront ou ne seront pas dans la version finale du jeu. Tiens, un document urgent à taper. J'ai rédigé le brouillon, je quitte mon bureau pour aller le donner à une secrétaire. En chemin, les haut-parleurs diffusent un message de la SNCF : jour de grève, 30 % du trafic assuré. Il est 20h, on n’est pas prêt de rentrer. J'arrive au bureau de la jeune femme qui enfile son imper. Je lui tends le papier.

- Ah non monsieur, vous avez entendu l'annonce, si je pars plus tard je vais mettre 2 h pour rentrer chez moi.
- Mais ce document doit partir au plus vite... Bon, vous me le ferez demain à la première heure alors, d'accord ?
- Lundi, pas demain.
- C'est ça. Bon, à demain.

Et je tourne les talons, sans me rendre compte de sa tête effarée. Je suis tellement pris par le rush que je ne me rend pas compte qu'un WE se pointe. Je prends le temps d'y réfléchir, debout dans le couloir, le papier toujours à la main. C'est vrai. Pendant deux jours, ce qu'on envoie ne sera pas lu. Il faudra attendre lundi. Je pose le brouillon sur mon bureau, et attrape mon chapeau...

23:49

Sport collectif

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Coup de sifflet de l'arbitre, la partie est engagée. Je me retrouve au beau milieu d'une piscine municipale dont la hauteur de l'eau ne dépasse pas les 50cm. Le bassin est noir de monde, on se croirait dans un album de Où est Charlie.

Pas besoin de comprendre les règles, je les connais déjà : deux équipes s'affrontent dans une sorte de water-rugby, avec comme ballon... un bon gros savon de Marseille. Le but est de caser ce savon dans le mur du camp adverse, avec interdiction de marcher ou courir avec. Ce qui explique que la piscine soit pleine de participants, afin de maximiser les passes. Je reconnais une bonne partie de ma famille, amis, collègues, on doit compter une trentaine de personnes par équipe. Bon, pas une minute à perdre, il faut récupérer le savon qui déjà a disparu. Entre les petits groupes désintéressés qui discutent entre eux, ceux qui courent en raclant le sol afin de trouver l'objet de toutes les convoitises et les gardiens multiples qui tentent de diriger les éclaireurs, on ne ditsingue pas grand chose de ce mouvement continu de dizaines d'individus. Je cours vers le centre du terrain et plonge la tête la première. Le sol glissant me fait parcourir quelques mètres à plat ventre, à fleur d'eau, tandis que mes mains attrapent par hasard le fameux savon. En un éclair je me relève et le dissimule au camp adverse, tout en cherchant un coéquiper ayant repéré l'action. Car le moins que l'on puisse dire de ce jeu, c'est que malgré tout l'individualisme prime. Bref, ne trouvant personne de suffisament proche, je lance le savon au loin, vers le goal adverse. Leurs éclaireurs m'ont vu et courent à sa poursuite, tandis que j'ai déjà bondi et renouvelle ma glissade expresse. Quel lancé, il m'attérit dans les mains 30m plus loin. Un exploit. Je n'ai que quelques instants pour me relever et placer le savon dans son emplacement, un porte-savon en réalité. Le goal tente de boquer mon tir, un adversaire m'attrape une jambe, mais je fais mouche : le bloc massif vient s'écraser directement dans son étroit logement, faisant marquer une poignée de points à notre équipe. Et pas le temps de souffler, l'arbitre a déjà relancé un nouveau savon au centre du terrain.

09:45

Chine, Liberté et jeux vidéo

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Quelques années dans le futur, je suis envoyé en Chine avec un collègue du magazine de jeux vidéo pour lequel je bosse. A Pékin se déroule la première édition d’un salon des nouvelles technologies et des jeux vidéo. On est un peu dubitatifs sur ce qu’on va trouver là-bas. La Chine n’a pas beaucoup évolué au niveau politique, seule sa puissance économique a grandit depuis quelques années. Internet n’est toujours pas en libre accès et son développement est de plus en plus freiné. Pendant le long trajet, je m’interroge sur la façon dont nous allons pouvoir envoyer nos articles sans qu’un lieutenant ne les censure ; au pire, nous avons apporté clandestinement une antenne satellite miniature.

Nous y voilà. Une voiture officielle nous conduit directement de l’aéroport à l’hôtel, qui se révèle être également le lieu de l’événement. Le programme déposé dans la chambre nous annonce des conférences des ‘grands’ du marché – EA, Ubi, Microsoft… Tiens, ce dernier présenterait sa nouvelle version de Windows ? Voilà l’aubaine pour nous d’exhiber une exclusivité, le temps de quelques heures. La conférence n’ayant lieu que plus tard, nous avons le temps d’aller voir si l’on peut en apprendre davantage avant les confrères. Nous descendons dans le hall principal, où une attachée de presse chinoise nous fait comprendre bien poliment que le salon n’est pas encore ouvert. Les deux militaires flanqués derrière elle appuient son propos par leur simple présence. On s’écarte docilement, quand on repère une porte de service sans garde et sans verrou. L’occasion est trop belle, on s’y glisse subrepticement. Une grande salle circulaire, très peu éclairée. Au centre, une table, avec un PC dernier cri. Un technicien chinois est affairé près des prises.

Nos quelques connaissances de Mandarin nous permettent d’entamer le dialogue. Ce jeune homme est technicien informatique, on l’a chargé de brancher ce poste et de veiller à son bon fonctionnement pendant le salon. En voyant que nous sommes étrangers, il ne nous cache pas, à demi-mot, son antipathie avec les méthodes de son gouvernement. Il aimerait voir le monde ailleurs, mais n’en connais que les images que les manuels scolaires veulent bien laisser voir. Emus par ce type, on commence à lui raconter notre vie en Europe, et comment la Chine est perçue. Il écoute, ébahi, et semble dire que ses théories se révèlent juste. C’est alors qu’il allume l’écran, avec un regard complice. Sous nos yeux, la machine affiche le système d’exploitation inédit de Microsoft, qu’aucune personne, hormis ses concepteurs, n’a encore vu. Il ne me faut pas une seconde pour commencer à mitrailler l’écran avec mon APN. Mon collègue surveille la porte, tandis que je navigue avec la souris. Cette version est stable mais inachevée, et pourtant elle présente des innovations très fortes. Le jeune chinois semble fier de me montrer cela, tel un secret partagé. Au bout d’un certain temps, je commence à m’inquiéter pour lui. Quand les images paraîtront, les autorités ne tarderont pas à l’impliquer. Je lui en fais part, et il se vexe presque. Son acte était délibéré. Soudain un militaire surgit, un gradé. Sans un mot il demande des explications à notre camarade. Ce dernier lui assure que nous l’aidions juste à finaliser l’installation, c’est tout. J’ai pu ranger mon appareil à temps. Le gradé nous somme de sortir de là, et renvoie le technicien dans son bureau. J’attrape son bras, sachant que je ne le reverrai jamais :
«Tu ne sais pas tout, la Chine te cache beaucoup de choses »
« Je sais », a-t-il simplement répondu. Et il est parti.

De retour dans notre chambre, je branche le laptop à notre petite antenne, afin d’envoyer les photos à la rédaction. En l’honneur de notre ami inconnu.